Séminaire Épistémologie de la musicologie numérique. Le statut des approches mixtes (quantitatives/qualitatives)

Lieu: 

Institut de Recherche en Musicologie, 2 rue de Louvois, 75002 Paris, salle de conférence.

Programme: 

14h Introduction

14h15 Sémir Badir (FNRS, Traverses), « Quelques problèmes liés à une sémiotique musicale ».
Il s’agira dans cette intervention d’aborder quelques problèmes de sémiotique musicale par l’éclairage de la sémiotique générale. Cette dernière avance une théorie de la signification qu’on peut caractériser, d’une part, par l’attention qu’elle porte aux matérialités exprimant la signification ainsi qu'à leurs supports et, d’autre part, par sa finalité descriptive d’objets empiriques, finalité réglée sur une méthode d'analyse. Dans cette perspective, on part du principe que la musique n’a pas les mêmes propriétés que ces deux autres grands moyens d’expression que sont les langues et la peinture. Dégager de manière comparative les propriétés sémiotiques de la musique, ou du moins dégager les problèmes théoriques relatifs à leur hypothèse, pourra nous conduire vers une interrogation sur les possibilités de traitement automatique des œuvres musicales au regard des traitements automatiques de textes et d'images.

15h00 Mathieu Giraud (CNRS, CRIStAL – Algomus), « Méthodes et statut de l’analyse musicale computationnelle : retours d’expérience de l’équipe Algomus ».
Nos recherches en analyse computationnelle de la musique tonale visent à calculer, de manière automatisée ou semi-automatisée, une structure et une sémantique haut-niveau de formes musicales (fugue, forme sonate) en s’appuyant sur des éléments locaux (motifs et thèmes, cadences et progressions harmoniques, textures). L’intervention sera l’occasion de questionner ces méthodes, que ce soit pour la création de corpus, pour les algorithmes d’analyse et pour l'évaluation des résultats, ainsi que de discuter du positionnement disciplinaire de ces activités entre informatique et musicologie. J’évoquerai en particulier la complémentarité – ou parfois la confrontation – entre des approches explicites, à base de formalisation de connaissances analytiques a priori, et des approches utilisant l’apprentissage pour inférer des connaissances au moyen de corpus annotés.

15h45 Pause

16h15 Nicolas Meeùs (Sorbonne Université, IReMus), « Signification intrinsèque et signification extrinsèque en musique ».
Alors que le procès sémiotique avait été décrit depuis l'Antiquité comme un procès en deux phases, où le lien du signe au référent ne pouvait se faire que par la médiation du concept, le structuralisme a exclu la seconde phase, la référence, du domaine strict de la sémiotique. La sémiotique musicale, pour laquelle une concentration sur les significations intrinsèques aurait pu sembler particulièrement bienvenue, paraît au contraire avoir eu quelque peine à suivre ce mouvement. Benveniste en a conclu que la musique est une langue sans sémiotique; mais il a souligné aussi lui-même que l'autonomie de la sémiotique revendiquée par le structuralisme ne permettait pas l'analyse des phrases et des discours. Le balancier sémiotique s'est déplacé et, aujourd'hui, c'est souvent la première phase du procès, la signification intrinsèque, qui est négligée au bénéfice de la référence, affectée au signifiant par le récepteur (Lector in fabula). En musique, l'étude de la narrativité ou la théorie des topiques, qui dépendent d'éléments contextuels extérieurs, tiennent lieu d'une étude de la signification. Je voudrais montrer que, pourtant, depuis le 18e siècle au moins, les musiciens et les esthéticiens ont fait plusieurs fois allusion à l'importance de la signification intrinsèque, décrite en allemand sous le nom de Inhalt, puis en anglais sous celui de content. Je crois en outre que cette signification intrinsèque peut prendre une importance de premier plan dans l'application des techniques numériques à la musique.

17h00 Ariane Jeßulat (Universität der Künste Berlin), « Tonalité et intertextualité. La logique musicale selon la perspective herméneutique ».
L’intervention étudie la confrontation de perspectives tonale et herméneutique dans l’appréhension analytique d’une logique musicale. On connaît bien les traces d’une cryptographie musicale comme la formule célèbre B-A-C-H, mais il existe des méthodes et des signatures beaucoup plus intriquées qui sont susceptibles de troubler l’idée de la tonalité comme prémisse d’une logique musicale. Dans la musique de Felix Mendelssohn Bartholdy et de Johannes Brahms, en particulier, se rencontrent des formules figées qui se soustraient à une logique tonale (en termes de modulation, cadence etc.) soit à cause de références intertextuelles soit de principes "sériels" anachroniques.
De l’autre côté, la musique de l’avant-garde après 1960 – à commencer par celle de Dieter Schnebel – peut enchaîner la musique traditionnelle (de Robert Schumann par exemple) avec un dispositif sériel : les paramètres en apparence tonals ne le sont plus réellement à cause d’une déconstruction (en non pas d’une destruction) du contexte tonal, bien que les partitions ne présentent que des « sonorités tonales ».


Tutelles

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