Claviers des XVIIIe et XIXe siècles : des sources à l'interprétation

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La question de l’écart entre la partition notée et le son de l’œuvre a déterminé trois axes de recherche complémentaires qui convergent vers le même objectif, l’interprétation historiquement informée – à la fois érudite et créative – des répertoires pour les claviers des xviiie et xixe siècles. L’aspect collectif de la recherche, mobilisant les resources de la musicologie mais aussi le savoir-faire des musiciens et des facteurs d’instruments, s’effectue avec le soutien de la Fondation Royaumont dans le cadre des Research Workshops (recherches en BMFL avec les établissements supérieurs) et des formations professionnelles proposés par cette institution.

La vocalité au clavier

En tant qu’elle relève d’un processus complexe de compréhension, la question de la lecture intelligente des partitions est au centre du premier axe. Les signes de la notation musicale ont peu évolué du xviiie au début du xxe siècles mais leur signification, déterminée par les différents contextes musicaux dans lesquels ils sont employés, est à reconstruire localement dans chaque partition. Outre ces difficultés liées à la polysémie, il faut y mesurer la présence de règles implicites – souvent héritées de la pratique de répertoires plus anciens, elles témoignent de la continuité des pratiques – tout comme celle d’images sonores contemporaines indissociables des contextes de production et d’exécution des œuvres. En sa qualité de topos de l’exécution instrumentale expressive aux xviiie et xixe siècles, la thématique de la vocalité aux claviers est le vecteur de cette recherche qui ambitionne de mettre en résonance écritures vocales et claviéristiques pour observer les processus d’assimilation qui opèrent la traduction d’un idiome à l’autre. Adossée aux traités, cette lecture intelligente des sources est indissociable de la reconstruction minutieuse de techniques vocales et instrumentales aujourd’hui oubliées dont la trace est encore perceptible dans les premiers enregistrements sonores du début du xxe siècle.
 

Généalogies et filiations de l'interprétation au clavier

Le deuxième axe est celui de la performance proprement dite, centrale pour approcher l’œuvre au-delà de la compréhension de la notation textes musicaux. Dépassant la question pourtant cruciale de la lecture intelligente d’une partition, le son de l’œuvre est déterminé par le contexte encore plus large et fluctuant de ses executions, qui ouvre un autre champ d’investigation. Outre l’évolution des usages en diachronie, il s’agit de considérer tout particulièrement les différentes pratiques d’exécution qui coexistent en synchronie. Mot clé des écrits contemporains, le terme d’école est opérant pour tenter de comprendre l’interaction entre les musiciens et leurs instruments et pour reconstruire des filiations, des généalogies sur la longue durée. C’est donc au son des claviers et au jeu singulier des interprètes que s’intéresse cet axe dans une recherche partagée avec les musiciens et les facteurs d’aujourd’hui pour proposer des performances à la fois pertinentes et créatives des œuvres du passé.
Cet angle particulier d’observation du répertoire contribue au domaine de l’histoire de l’interprétation en déconstruisant les idées reçues qu’une telle étude de la période 1750-1900 permet d’interroger. La problématique de la performance constitue, en outre, un axe fort dans la remise en question de la périodisation académique qui se développe, malgré un retard important en France, depuis les travaux fondateurs de Leonard Ratner et James Webster.
 

Enjeux de la pensée de Jean-Jacques Rousseau pour les musiciens du XIXe siècle

Ce troisième axe, plus spécifiquement esthétique, sous-tend la réflexion menée dans les deux autres. Pour comprendre le métier de musicien à la charnière des deux siècles, on invoque souvent les registres du politique et du social pour mettre en évidence des ruptures qui ne sont parfois que de surface et on oublie que les mécanismes observés sont mis en branle par une pensée philosophique puissante qui agit sur la longue durée. Rousseau bouscule la classification des beaux-arts en faisant de l’intériorité la finalité ultime des productions esthétiques. Mais, il faut encore lutter aujourd’hui contre les idées reçues et les préjugés pour restituer cette modernité de la pensée de Rousseau, en France spécialement où la réception du philosophe reste particulièrement complexe. Les enjeux de cette pensée sont cruciaux pour les interprètes. Parce que la vraie nature de la musique réside dans l’effet émotif extraordinairement complexe qu’elle produit en nous, les pédagogues peuvent structurer leur enseignement à partir de la dichotomie rousseauiste du physique et du moral et ainsi concilier transmission des savoir-faire et quête de l’inouï. À partir de cette même dichotomie, les interprètes définissent une éthique de leur métier car la sémiotique de Rousseau inscrit inévitablement la théorie de l’effet dans un contexte particulier puisqu’il faut bien admettre, à la suite de Derrida, que « les effets des signes esthétiques ne sont déterminés qu’à l’intérieur d’un système culturel » (De la Grammatologie, 1967, p. 294).

 

Membres du programme

Jeanne ROUDET (IReMus) Edoardo TORBIANELLI, Ulrich MESSTHALER

événements du programme

13/11/2017 - 10:00, 12/12/2017 - 17:00, 17/01/2018 - 16:00
08/09/2017 - 18:00 - 20:00

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