Al-Adhan : appel à la prière en Islam et témoin pur du 'maqam'

sous la direction de  

L’appel islamique à la prière al-ādhan se pratique continuellement dans chaque mosquée, cinq fois par jour. Il indique aux musulmans les heures de la prière et ceux du jour : ṣubuh à l’Aube, ẓuhur à midi, ‘aṣur l’après-midi, maghrib au crépuscule, et ‘isha pour le soir. En tant que phénomène social, l’ādhan régule l’activité commerçante et ouvrière de la société et crée un contexte de rassemblement constant pour la communauté. La voix humaine est le seul instrument jouissant de cette ordonnance. Les muezzins concurrencent et comparent la force et la beauté de leurs voix, ils excellent dans leurs interprétations pour inciter les gens à la prière : « Les muezzins auront les plus longs cous le jour du Jugement dernier » (Prophète Mohammad, Hadith n° 387, in Sahih Muslim)  À nos jours, l’ādhan reste encore un phénomène sonore culturellement « inclassable » : matière à interprétation pour les occidentaux, sujet d’inspiration pour les musulmans. Remarquons que ces derniers n’utilisent pas le mot « chanter » pour désigner la pratique vocale du ādhan. Le verbe arabe attribué découle de son appellation racine, un muezzin you‘addhin. Le verbe (addhana) n’est jamais employé hors du contexte de l’appel à la prière. Une majeure partie de la complexité de la situation du adhan découle de cette sémantisation. Si les cantillations coraniques sont arrêtées « cultuelles » et si on considère les chants de louanges du pèlerinage comme « liturgiques » et les célébrations des fêtes religieuses comme « paraliturgiques », l’ādhan, quant à lui, se trouve non seulement dans l’une et dans l’autre des catégories, mais également dans d’autres situations qui relèvent du sociale (nouveau-né, rassemblement des croyants, ..) ou de l’artistique (chant soufi, madiḥ, 'inshad, compositions musicales, ..). La sociologie et la prosopographie du muezzin, la compréhension de l’évolution du minaret, son rôle dans la société et celui de la mosquée dans le paysage urbain, seront des problématiques étudiées à al première partie de cette thèse. Le projet musicologique sera focalisé sur l’aspect formel et l’implication musicale dans cette pratique de l’Islam : analyse des différents styles et techniques vocales du ādhan actuel, discussion sur les modalités utilisées, etc. Bien que l’élément musical est fondamental dans la technique du ādhan, l’exercice en soi reste principalement rituel. Pendant plusieurs siècles, la vulnérabilité au changement et à l’influence exogène de cette pratique vocale est restée infime. Les mutations musicales dans le ādhan sont largement plus lentes que dans les autres pratiques musicales de la société. La thèse de ce doctorat tend à concevoir al-ādhan comme un réservoir immuable d’une modalité séculaire du maqam. Les styles de adhan qui seront étudiés font l’apanage d’une tradition musicale dite du maqam. Le matériau servant à l’analyse est en grande partie tiré des archives sonores et écrites de la première moitié du XXe siècle. Le projet porte également le souci d’examiner la place du musical dans le dispositif du religieux dans la pratique et l’enseignement du ādhan. En dernière partie et bien que cette pratique vocale est essentiellement liée au culte de la prière et a comme espace d’expression la mosquée, on peut trouver des réminiscences mélodiques ou des inspirations stylistiques dans d’autres contextes musicaux, à connotation religieuse ou à démarche créative. En dehors de l’enceinte du culte, diverses situations musicales seront étudiées dans lesquelles le matériau mélodico-rythmico-polyphonique du ādhan est utilisé intégralement ou partiellement, inspiré ou évoqué, dans un contexte de composition musicale (chant soufi, madiḥ, inshad, David, Reyer, Dvorak, Szymanowski, Tomasi, Maurice Jarre, Rifaat Djarana, Ḥassan Abou Al-Saoud, Oum Kalthoum, Al-Sunbati, ...)

Date de première inscription: 
Mercredi, 5 décembre 2012

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