L’art du chant à l’époque de Rameau : contribution à la restitution des techniques vocales et de l’esthétique du chant lyrique français de la seconde moitié du XVIIIe siècle

sous la direction de : 

Résumé

Notre sujet de thèse cherche à analyser les discours et les traces musicales susceptibles de nous permettre, d’une part, de cerner les évolutions du chant lyrique français de la seconde moitié du XVIIIe siècle, et d’autre part, de réintroduire ces données de la recherche dans la pratique des interprètes d’aujourd’hui.

Nos recherches se fondent ainsi sur une démarche à la fois historique (connaissance des contextes historiques, esthétiques et sociaux de production de ces musiques en leur temps), et philologique (analyse des traces laissées dans les sources musicales et dans les traités de l’époque abordant la technique vocale). Elle s’appuie pour se faire, sur les sources des œuvres données à l’ARM en cette période, notamment celles de Jean-Philippe Rameau (1683-1764), compositeur le plus marquant et le plus influent de cette période, ce qui permettra d’aborder ensuite les approches de ses contemporains et successeurs. Mais elle s’appuie également sur une recherche approfondie portant sur la formation et la pratique lyrique des interprètes de l’époque, maîtres de chant, chanteurs et chanteuses des scènes d’opéra françaises, et des conditions d’exportation de ces répertoires à l’étranger.

Organisées et partagées entre la Compagnie les Monts de Reuil et l’IReMus UMBR 8223, sous forme d’ateliers, de conférences et de master-classes, mais aussi de journées d’études à destination des interprètes et des chercheurs, ces réflexions partagées favorisent l’avancée significative de la recherche dans ce domaine du chant lyrique français dans les dernières décennies du XVIIIe siècle, encore mal connues aujourd’hui.

Au-delà, ce projet ambitionne de relayer ces connaissances vers un plus large public, et tout particulièrement celui des conservatoires. En effet, si l’on observe l’interprétation du chant baroque français au temps des Lumières telle qu’elle est réalisée aujourd’hui, on constate que certains interprètes, tout comme les enseignements dispensés dans les conservatoires, ne prennent pas suffisamment en compte, voire ignorent les règles émises par les maîtres de chant de l’époque, à propos de la gestion du souffle, de la génération de sons, de la prononciation et de l’articulation à l’ancienne, mais même aussi pour tout ce qui concerne le domaine a priori mieux connu de l’exécution des agréments[1]. Par exemple les différentes sortes de tremblement ou de cadences sont bien souvent simplifiées à un trille ou un mordant romantique, surtout dans les éditions courantes du XXe siècle encore largement utilisées dans les conservatoires ou même lors des représentations publiques. Quant à la prononciation et à l’articulation, à supposer que l’on en ait connaissance, elles paraissent à première vue si complexes que l’on n’arrive pas à respecter rigoureusement leurs règles. Nous ne parlons évidemment pas ici des grandes écoles et des académies spécialisées, qui essaient d’offrir une interprétation plus proche de celle de l’époque. Toutefois, il reste un certain nombre de difficultés à lever pour suivre précisément les recommandations des maîtres de chant du temps de Rameau, qui n’ont encore jamais fait l’objet d’études musicologiques approfondies.

La maîtrise d’une telle technique nécessite en effet une recherche musicologique spécifique qui permettra de faire connaître aux artistes lyriques de la Compagnie les Monts du Reuil la manière d’approfondir leur interprétation de l’art lyrique français. Nous avons donc commencé à effectuer un relevé systématique et une analyse des différentes sortes de prononciations, des bonnes articulations en fonction de la musique et du texte, du mécanisme de la respiration et son rôle dans la génération des sons en lien avec ces diverses exigences, et bien sûr, de la distinction des différents signes d’ornements qui varient d’un auteur à un autre, et souvent d’un traité à un autre.

Pour accéder à toutes les dimensions de l’art du chant à l’opéra français du XVIIIe siècle, nous avons également commencé à étudier rigoureusement l’ensemble des traités de l’époque, les partitions, et surtout, parmi ces dernières, les parties séparées[2] destinées aux acteurs et actrices chantant(e)s de l’Académie royale de musique.


[1] Le terme « agrément » est utilisé à l’époque de Rameau pour désigner ce qu’on appelle aujourd’hui « ornement ».
[2] Dans ce contexte, on désigne par le mot « partition », le conducteur destiné au batteur de mesure. Les “parties séparées” (ou “matériel”) sont destinées à chaque musicien et celles destinées aux chanteurs et chanteuses comportent souvent des annotations précieuses pour comprendre le travail d’interprétation vocale de leurs destinataires.
Date de première inscription: 
Vendredi, 1 novembre 2019
Université et/ou école doctorale: 
Sorbonne-Université (ED V- 433 - Concepts et langage)

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