Présentation générale du séminaire
Les études sur le timbre et l’orchestration, qui constituent aujourd’hui un champ d’investigation relativement large, soulèvent des questions de recherche nombreuses et parfois ardues, mais néanmoins incontournables pour cerner le phénomène musical dans toute sa complexité. Concernant une grande diversité de répertoires musicaux, tant en termes de périodes historiques que de traditions musicales, la question du timbre et de l’orchestration présente également une forte dimension interdisciplinaire, à la croisée de la musicologie, de l’analyse et de la théorie musicales, de la psychologie, de l’acoustique, ou encore de l’organologie, sans oublier son lien fort avec la pratique et la création musicales. L’objectif du séminaire "Timbre et orchestration" est de constituer un lieu d’échange et de partage sur la base de la présentation de travaux et de projets achevés ou en cours de réalisation, en vue de dynamiser les recherches et les discussions dans ce domaine actuellement en plein essor. Il s'adresse à tout chercheur, chercheuse, musicien ou musicienne intéressé (y compris les post-doctorants et post-doctorantes, ainsi que les étudiants et étudiantes en Master et Doctorat).
Activités reliées
ACTOR (Analysis, Creation and Teaching of Orchestration, dir. Stephen McAdams, 2018-2025)
GRIMOIRE (Groupe de Recherche Interdisciplinaire sur la Musique d’Orchestre, l’Instrumentation et le Répertoire orchestral en Europe, dir. Jean-Jacques Velly)
Nathalie Hérold, "Analyser le timbre, analyser l'orchestration", séminaire de Master, Sorbonne Université, 2025-2026
Soutien institutionnel
IReMus (Institut de recherche en Musicologie) - Équipe 3 : Langages musicaux
avec la collaboration de STMS (Sciences et Technologies de la Musique et du Son) - Équipe Perception et design sonores pour la séance du 13 mars 2026
Comité d’organisation
Nathalie Hérold (Sorbonne Université/IReMus)
Jean-Jacques Velly (Sorbonne Université/IReMus)
avec la collaboration de Patrick Susini (IRCAM/STMS) pour la séance du 13 mars 2026
17 octobre 2025, 10h00-13h00
Maison de la recherche (28 rue Serpente, 75006 Paris), salle 421
Participation possible par visioconférence : https://zoom.us/j/98831994101?pwd=DYbP8ycH6be1bvLGrh4O9DfZWbXwcb.1
10h00 : Introduction générale par Nathalie Hérold et Jean-Jacques Velly
10h15 : Philippe Lalitte (Sorbonne Université/IReMus), "L’analyse de la tension dans les musiques écrites atonales : questions épistémologiques et méthodologiques"
Le concept de tension est au cœur de plusieurs théories musicologiques et psychologiques des XXe et XXIe siècles. Il a principalement été exploré dans le cadre de la musique tonale, le couple tension/résolution étant l’un des piliers du système tonal (Lerdhal 2001, Lerdhal & Jackendoff 1983, Nattiez 1987, Rosen 1971, Schering 1911, Swain 1997). En musique atonale, les phénomènes de tension/détente s’appuient moins sur un système hiérarchique et de stabilité des hauteurs que sur l’interaction d’éléments tels que la dynamique, la texture, la densité d’événements et le timbre. La première partie de ma présentation aborde le concept de tension en musique, des points de vue musicologique et psychologique. La deuxième se focalise sur les questions épistémologiques et méthodologiques d’analyse de la tension dans les musiques atonales. La troisième est consacrée à la présentation de l’un de mes travaux analytiques récents sur Thoughts, Places, Dreams (2012) pour violoncelle et ensemble du compositeur américain Roger Reynolds, une pièce caractérisée par sa diversité de textures, sa richesse de sonorités et qui pose des problèmes méthodologiques d’analyse spécifiques, pour laquelle j’ai conçu une méthode d’analyse de la tension employant les descripteurs audio qui permet de faire émerger la forme tensionnelle de l’œuvre, de la quantifier et d’en comprendre les ressorts.
11h45 : Pause
12h00 : Rémi Lacombe (Sorbonne Université/STMS et Université McGill), "De l’harmonie à la texture orchestrale : étudier les ressorts syntaxiques et perceptifs des langages post-tonals"
L’étude des mécanismes de tension/détente a souvent été solidaire d’une lecture syntaxique du langage musical. Trait d’union entre l’analyse et les recherches perceptives, cette articulation trouve son expression dans le concept d’attentes musicales (Meyer 1956, Huron 2006). Après une brève présentation des méthodes empiriques utilisées pour mesurer les attentes des auditeurs dans la musique tonale, j’interrogerai la possibilité de leur transposition à des répertoires ultérieurs. Éclairée par le concept de post-tonalité triadique de Richard Cohn, la présentation de mes travaux statistiques et expérimentaux sur le langage de Chostakovitch me permettra de dresser deux constats : d’une part, la différence profonde de nature entre syntaxe tonale et post-tonalité ; d’autre part, la nécessité de faire appel à des paramètres comme la conduite des voix ou le timbre pour rendre compte des expériences perceptives post-tonales. Sur cette base, je montrerai que la notion de texture orchestrale, saisie à travers les outils de l’analyse de scène auditive, offre un modèle particulièrement fécond pour l’étude de la tension dans les musiques aux marges de la tonalité.
12h45 : Discussion générale et conclusion
28 novembre 2025, 10h00-13h00
Maison de la recherche (28 rue Serpente, 75006 Paris), salle 421
Vidéo de la séance : [à venir]
10h30 : Introduction générale par Nathalie Hérold et Jean-Jacques Velly
10h45 : Rainer Kleinertz (Université de la Sarre, Hochschule für Musik Saar), “L’importance du timbre dans la conception formelle chez Richard Wagner”
Dans la question de la forme musicale des drames musicaux de Richard Wagner, le timbre a jusqu’à présent joué un rôle secondaire. Le leitmotiv, l’harmonie ainsi que le concept wagnérien de la “période poético-musicale” étaient au premier plan de l’attention scientifique. À l’aide d’exemples tirés de L’Anneau du Nibelung et de Tristan et Isolde, je tenterai de déterminer une éventuelle fonction structurante du timbre pour l’organisation musicale et de comprendre son rôle dans la perception des déroulements musicaux dans la musique de Wagner.
12h15 : Pause
12h30 : Thibaud Henry (Université Paris Cité), “Le cor héroïque dans les sagas d’heroic fantasy : du Ring au Seigneur des Anneaux”
Amorcé dans ses précédents opéras (notamment Tristan), Wagner met en place dans la Tétralogie un fort univers mythologique, où le thème du “ténor héroïque” Siegfried, par anticipation dans La Walkyrie, puis via l’Appel de cor (instrument noble et lien entre les pupitres de l’orchestre) diégétique dans Siegfried, tient dans la saga une place centrale, le leitmotiv agissant comme pressentiment du héros à naître, puis motif héroïque, jusqu’à sa mort. La saga wagnérienne a pu être considérée comme les prémices du genre de l’heroic fantasy, et l’idiome “héroïco-wagnérien” (Chion 1995) employé par les compositeurs européens du Hollywood des années 1930 a été particulièrement remis au goût du jour dans la saga Star Wars (1977-1983, à cheval entre la science-fiction, la fantasy et le space opera), avec une place prépondérante du thème de la Force joué au cor ; et plus encore dans Le Seigneur des Anneaux, où le cor apparaît de façon diététique ou extradégétique, lié aux hommes du Gondor et de la Communauté de l’Anneau qui cherchent à faire refluer les forces du maléfique Sauron, ou encore les nains (Thorin dans Le Hobbit). Enfin, citons un héroïsme plus modeste, celui des Hobbits, via le thème de Sam portant Frodon à la Montagne du Destin, anticipant la chanson finale Into the West, occasion également d’évoquer la chanson du générique, “morale du film, qui subsume son développement” (Rossi 2009) ou, ici, qui fait écho à la dernière scène et conclut l’intégralité de la saga. Autant de thèmes qui s’inscrivent dans le cadre d’un riche réseau de leitmotivs (Adams 2010).
13h15 : Discussion générale et conclusion
6 février 2026, 14h-17h
Maison de la recherche (28 rue Serpente, 75006 Paris), salle 421
Vidéo de la séance : [à venir]
14h00 : Introduction générale par Nathalie Hérold et Jean-Jacques Velly
14h15 : Victor Cordero (Haute École de Musique de Genève-Neuchâtel), “Les Cahiers d’orchestration : un nouveau traité ?”
“Orchestrer c’est créer : ça ne s’enseigne pas (N. Rimski-Korsakov). Dans le sillage d’une longue liste de pédagogues qui n’ont pas été découragés par cette phrase lapidaire du compositeur russe, Victor Cordero se lance dans la rédaction d’un traité d’orchestration, stimulé par les riches échanges favorisés par le projet de recherche international ACTOR et par le précieux bagage accumulé en 15 ans d’enseignement au sein de la HEM de Genève. Cet ouvrage, intitulé les Cahiers d’orchestration, est publié dans un format numérique ouvert qui permet d’échapper aux contraintes d’un traité classique puisqu’il n’est pas limité ni dans le temps ni dans l’espace. Dans le premier chapitre “L’équilibre et le contraste dans la succession de scènes orchestrales”, paru en juin 2024, il est question d’explorer les notions d’équilibre et de contraste dans les changements d’instrumentation, en analysant les multiples paramètres qui entrent en jeu dans cette situation spécifique. Illustré par une présentation multimédia de nombreux exemples tirés du répertoire, ce texte contribue à mettre la lumière sur les principes cachés – souvent restés non verbalisés – qui peuvent être observés dans les œuvres des grands maîtres.
15h45 : Pause
16h00 : Sebastian Hensel (Hochschule für Musik und Theater “Felix Mendelssohn Bartholdy”, Leipzig), “D’ailleurs, pourquoi vouloir enseigner cet art ? : regards sur l’enseignement de l’orchestration à Paris au XXe siècle”
L’enseignement de l’orchestration constitue, depuis la création d’une classe d’instrumentation et d’orchestration au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris en 1977, un élément essentiel de la formation des musiciennes et musiciens, aux côtés des classes dites d’écriture et de composition. Discipline longtemps considérée comme peu apte à l’enseignement – comme en témoignent les prises de position de figures éminentes telles que Berlioz, Gevaert ou Koechlin –, l’orchestration s’est néanmoins imposée dès l’origine comme une compétence clé à la réalisation de l’image sonore abstraite élaborée au cours de l’acte de composition. Cette communication se propose d’interroger l’enseignement de cette discipline et son développement au cours du XXe siècle. Afin d’élargir le cadre de l’étude, une mise en perspective sera établie entre l’enseignement de l’orchestration au CNSMDP, à la Schola Cantorum et à l’École normale de musique.
16h45 : Discussion générale et conclusion
13 mars 2026, 14h00-17h00
IRCAM (1 place Igor Stravinsky, 75004 Paris), salle Stravinsky
Participation possible par visioconférence : https://us06web.zoom.us/j/86516784719?pwd=rp1L109ZiEpufK4oExAFYYTCpPyTgp.1
14h00 : Introduction générale par Nathalie Hérold, Jean-Jacques Velly et Patrick Susini
14h10 : Patrick Susini (IRCAM/STMS), “Qu’entend-on quand on écoute des sons ? Les mots pour le dire”
Pour sonder notre perception du sonore, Michel Chion part d’une idée simple : “on entend comme on parle” (Le promeneur écoutant, 1993, p. 11). L’observation du discours montre en effet qu’il existe différentes stratégies de description des sons. Les critères dépendent de l’expertise des auditeurs aussi bien que de la capacité à identifier les sons. D’autres moyens de communication sont naturellement utilisés comme les imitations gestuelles et vocales qui permettent de rendre compte des traits saillants des sons. Mais l’auditeur non expert parle rarement spontanément des caractéristiques des sons, principalement parce qu’il se concentre sur d’autres aspects associés au son plutôt que sur le son lui-même. Il est difficile de parler des caractéristiques des sons car nous manquons de lexiques sonores pour favoriser la communication sur les sons. Il y a aussi un manque de définitions partagées des mots, ainsi qu’un manque de bons exemples sonores pour expérimenter la relation entre les mots et les sons. Avec le projet SpeaK, nous proposons une plateforme web collaborative d’organisation, de présentation et de partage de lexiques sonores combinant mots, définitions et exemples sonores. Le lexique words4sounds est le premier lexique sonore disponible sur SpeaK. Il fournit une liste de mots fréquemment utilisés pour décrire les caractéristiques perçues des sons.
14h50 : Victor Rosi (University College London), “Quadrangulation : une composition fondée sur la sémantique du timbre”
Quadrangulation est une œuvre musicale qui a pour but de présenter à une audience quatre attributs métaphoriques du timbre : la brillance, la chaleur, la rondeur et la rugosité. La pièce s’organise autour de la présentation de formes prototypiques de ces attributs, ainsi que des relations dynamiques qu’ils entretiennent entre eux. Dans cette présentation, je reviendrai sur le processus de conception de l’œuvre composée par Bertrand Plé, qui s’appuie sur des définitions sémantiques et des portraits acoustiques issus d’entretiens et d’évaluations perceptives que j’ai mené auprès d’experts. J’aborderai ensuite la structure de la pièce telle qu’elle a été pensée par le compositeur, avant d’évoquer des perspectives expérimentales et pédagogiques pour Quadrangulation.
15h30 : Pause
16h00 : Joséphine Calandra (MIS, Université de Picardie Jules Verne, Amiens), “L’analyse polyphonique pour l’orchestration à travers l’Algorithmie Cognitive”
L’Algorithmie Cognitive s’inscrit dans la continuité de l’analyse sémiologique et de la musicologie cognitive formalisée par Otto Laske, qui vise à explorer les relations entre les processus mentaux liés à la musique et l’expérience musicale. Cette algorithmie permet ainsi la représentation multi-échelle d’un modèle de la cognition lors de l’écoute musicale. En l’automatisant, nous cherchons à mieux comprendre les phénomènes de l’écoute musicale et plus particulièrement les phénomènes de classification, segmentation et attention au cours du temps. Nous nous intéressons également à la visualisation de la représentation obtenue, appelée diagramme formel multi-échelle. Nous cherchons ainsi à analyser, à partir d’une modélisation polyphonique de l’algorithme, la manière dont une telle représentation permet de mieux comprendre les éléments timbraux constitutifs de l’orchestration d’une œuvre d’un point de vue perceptif.
16h40 : Discussion générale et conclusion
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