Le Mercure galant, témoin et acteur de la vie musicale

Anne PIÉJUS (dir)

Ce recueil de textes émane du programme de recherches Mercure galant de l’Institut de Recherche sur le patrimoine musical en France (IRPMF, UMR 200 du CNRS), dont l’objectif premier est la publication d’une double base de données, Mercure-textes et Mercure Airs, éditée par l’IRPMF et publiée au sein des ressources numériques Philidor de l’Atelier d’études du Centre de musique baroque de Versailles (UMR 2162 du CNRS).

La finalité de cette base de données est d’offrir un outil scientifique de recherche, hautement spécialisé, gratuit et libre d’accès. Éditée en ligne, la base renferme les textes du Mercure galant consacrés à la musique et aux spectacles, ainsi que les musiques publiées dans le périodique ; mais elle entend surtout mettre à disposition de la communauté scientifique et musicale le fruit d’un long travail scientifique sur cette masse documentaire.

Avant même que le contenu de la base ait pu être mis en ligne, et puisse susciter des recherches au-delà de notre équipe, plusieurs des nombreux collaborateurs de ce programme ont puisé au gisement d’informations sur lequel ils travaillaient, qui couvrait alors principalement les années 1672-1700. Cette publication réunit ainsi les communications présentées lors de la première journée d’études de ce programme, organisée le 25 juin 2008 ; s’y ajoute une étude générale visant à poser quelques jalons dans l’approche du corpus des airs.

Loin d’être le fruit d’une recherche réservée, cette publication se veut une invitation aux chercheurs et aux musiciens, aux curieux et aux connaisseurs, à consulter et utiliser la base de données, à entrer en dialogue avec ses auteurs, à poursuivre les recherches et à multiplier les échanges scientifiques, et enfin, à venir enrichir cette série d’études.

Catherine Massip, conservateur général, directrice du département de la musique de la Bibliothèque nationale de France, a suivi depuis ses origines ce programme de recherches. Auteur, entre autres, de travaux sur François Collin de Blamont et sur Michel Lambert, elle a maintes fois confirmé le rôle du Mercure galant pour l’étude musicologique de type monographique. Lectrice assidue du Mercure galant et du Mercure de France, elle propose ici de remettre en perspective les Mercure successifs dans le paysage des sources documentaires relatives aux compositeurs.

Marie-Thérèse Mourey, professeur des universités, germaniste et spécialiste de la danse, a apporté à la base de données sa connaissance des cours allemandes et de leur vie artistique, contribuant ainsi notablement à l’identification des personnes citées par le Mercure et à une meilleure prise en considération des enjeux politiques et culturels des spectacles dont les informateurs du périodique, en particulier La Barre-Mattéi, actif à la cour de Hanovre jusqu’à son décès en 1683, envoyaient des relations détaillées, que le périodique publia notamment à la fin des années 1670 et aux début des années 1680. Rappelant la géographie politique et culturelle des cours princières auxquelles s’attache le périodique — celles de Hanovre, de Brunswick, de Lunebourg, et de Brandebourg à partir de 1682 —, elle met en évidence la position de commentateur du Mercure, à travers des stratégies discursives qui visent le plus souvent à asseoir la supériorité de la France, modèle de goût et de sociabilité pour l’Europe.

Barbara Nestola, ingénieur d’études au Centre de musique baroque de Versailles, spécialiste des rapports entre la France et l’Italie musiciennes, s’est attachée à l’un des aspects singuliers de la présence italienne dans le Mercure galant — sujet sur lequel elle a publié plusieurs articles — : le discours sur les opéras vénitiens. Elle montre comment l’a priori nationaliste des Français en quête d’un opéra national n’influe pas directement sur le discours critique, et comment le Mercure galant accueille des discours éventuellement discordants, en ouvrant ses colonnes à la fois aux relations de Chassebras de Cramailles et au célèbre opuscule Sur les opéras de Saint-Évremond. Ce faisant, elle interroge la connaissance qu’avaient les lecteurs du périodique, mais aussi les auteurs critiques, du mélodrame vénitien, qui n’avait eu accès à la scène française qu’épisodiquement et sous des formes très exceptionnelles.

Nathalie Berton-Blivet, ingénieur d’études à l’Institut de recherche sur le patrimoine musical en France, assure un travail continu sur la base de données depuis 2004, dont elle assure la responsabilité depuis 2008. Auteur d’un doctorat consacré au petit opéra, elle rappelle ici le rôle que joue le Mercure galant dans une approche générique et historique d’un corpus. Exposant les points de convergences qui permettent de dégager un véritable genre au sein d’un ensemble d’œuvres hétérogène, elle met en évidence l’importance décisive du Mercure galant pour la connaissance du petit opéra : les comptes rendus éclairent la sociabilité de ce genre protéiforme et constituent parfois l’unique trace d’existence d’une œuvre, tandis que la publication (partielle ou intégrale) de plusieurs livrets de petits opéras confirme le rôle joué par le périodique dans leur diffusion contemporaine et dans leur conservation.

Thomas Vernet est responsable du département de musique ancienne du Conservatoire à rayonnement régional de Paris. Doctorant vacataire depuis les prémices de cette base de données en 2002, il s’est longuement consacré à l’identification des personnes citées dans les articles du Mercure galant, auteurs, compositeurs, commanditaires, destinataires, courtisans de tout rang, notables provinciaux, etc. Il s’attache ici à une manifestation particulière de la sociabilité musicale dans les milieux intellectuels parisiens, en proposant une étude de la place de la musique dans les cérémonies de l’Académie française telle qu’elle apparaît dans les comptes rendus publiés par le Mercure galant au cours des trente premières années de parution du périodique. Après avoir retracé l’histoire de l’institution, il met en évidence la spécificité des cérémonies organisées par l’Académie, s’attardant notamment sur les motets composées pour la Saint-Louis (dont le périodique publie plusieurs livrets), et la sociabilité de cérémonies semi-publiques, qui excèdent rapidement la célébration d’événements propres à l’Académie pour devenir un « lieu » de célébration des événements de la couronne.

Anne-Madeleine Goulet (chargée de recherches au CNRS auprès du CMBV) et Mathilde Vittu (doctorante, professeur au Conservatoire à rayonnement régional de Boulogne-Billancourt), qui proposent un article à quatre mains, jouent de la complémentarité de leur approche, littéraire et musicologique, du périodique. Les travaux de la première sur la poésie chantée ont constitué une source documentaire majeure pour le corpus Mercure Airs, ayant permis d’établir de nombreuses concordances entre les airs publiés dans le Mercure galant et ceux des Livres d’airs de différents auteurs. Ses recherches musicologiques sur Le Camus ont conduit Mathilde Vittu, quant à elle, à fréquenter assidûment le Mercure galant, source indispensable à l’établissement du catalogue des œuvres de Sébastien Le Camus et de son fils Charles, qu’elle prépare dans le cadre du doctorat de musicologie. Toutes deux se livrent ici à un exercice de démonstration, articulé autour de l’analyse de deux airs composés sur le même poème de Frontinières, publiés par le Mercure à vingt ans de distance. Leur cheminement croisé confirme l’importance de l’étude du périodique aussi bien pour appréhender la sociabilité musicale du temps que pour la recherche monographique, que l’approche comparatiste éclaire notablement. Violoniste et directrice de l’ensemble Usclame, Mathilde Vittu a aussi procédé à l’enregistrement de ces deux airs et d’exemples musicaux qui donnent corps à la démonstration. Que Barbara Kusa (soprano), Vanasay Khamphommala (ténor), Léonard Mischler (basse), Andreas Linos (dessus de viole), Mathilde Vittu (violon), Federico Yacubson (basse de viole) et Frédéric Michel (clavecin), ainsi que Clément Cornuau (prise de son ) soient chaleureusement remerciés d’avoir ainsi rendu à la musique son épaisseur sensible.

Anne Piéjus, CNRS (IRPMF)

Date de parution: 
11/2020
Editeur(s): 
IReMus
nombre de pages: 
84
Fait partie du programme de recherche: 

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